Interview : Laurence Carretero

Laurence Carretero invite à « convivier »

Laurence CarreteroLaurence est née en 1972, pendant les Trente Glorieuses, le plein emploi, la production de masse, une période de croissance sereine… jusqu’aux chocs pétroliers. Installée à Sigean depuis plusieurs années, elle a grandi dans la région avant de partir à travers le monde. Initiatrice d’un projet de collectif paysan et membre fondatrice de l’association Le Champ des Possibles, elle rêve d’un « permaculture café ».

Laurence, la prise de conscience des conséquences liées aux chocs pétroliers successifs a bousculé ta vie…

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont fait doubler le prix du baril de 10$ à 20$. Troisième choc en 2008, le baril passe à 146$. Il s’agissait de choisir entre nourrir sa voiture pour se nourrir soi-même ou payer son crédit : les banques ont fait faillite ! Je n’entends parler que de ça depuis quarante ans.

Aujourd’hui notre principale source énergétique est le pétrole et on a passé son pic de production de pétrole. Le prix du baril a été multiplié par cinq depuis 2001 et va continuer à augmenter puisque la production décline. Autant dire que la crise de la croissance est loin d’être finie… à moins que ce ne soit la fin de la croissance. Ce qui ne serait peut-être pas plus mal !

Des alternatives sont en place et se développent, peux-tu nous en citer quelques-unes ?

Des personnes éclairées ont ouvert des voies alternatives au cycle mortifère du « toujours plus ». Je pense à l’association Nature&Progrès, précurseur de la bio qui fête ses cinquante ans cette année.

A la société financière NEF qui se veut éthique, transparente et coopérative ; et encore au réseau des BIOCOOP qui d’un groupement d’achat en passant par une structure associative est devenu le réseau coopératif que nous connaissons. Et puis la permaculture m’a donné un nouveau souffle. Des précurseurs comme Bill Mollison et David Holmgren ont développé ce concept.

Qu’est-ce que la permaculture ?

C’est un concept en même temps qu’une philosophie de vie, une approche globale et une méthode de conception de système prenant pour modèle les écosystèmes naturels et les systèmes vernaculaires. Ces deux créativ’culturels ont inventés la culture permanente capable de résister aux chocs ou crises sans se déliter ni disparaître. C’est ce qui m’a donné la force et les moyens de créer les Jardins de le Fount à Sigean [nb : lieu de production maraîchère].

Il y a un néologisme qui t’est cher : la convivience. Tu nous en dis un peu plus ?

On est nombreux à vouloir retrouver du sens et à en avoir marre des mass-médias. On agit, chacun a sa façon. On invente des moyens pour se sentir bien : on adhère à une AMAP, on utilise une monnaie locale, on achète son électricité renouvelable à ENERCOOP, on donne des sous à une ONG, on trie, on recycle, on économise, on fait du vélo, du jardinage… On est nombreux mais on ne se reconnaît pas. Alors, j’ai rêvé d’un lieu, sans écran, serein, accueillant, original, qui proposerait des produits locaux, bio, équitables. Mais surtout qui proposerait de se retrouver, d’échanger, d’aller de l’avant, dans le plaisir, le positif, la convivialité. Ce serait un « permaculture café » et un lieu de convivience.

Un « permaculture café », cela fonctionnerait comment ?

L’idée générale est de visualiser un écosystème, où les “intrants”, les “productions” et les “déchets” seraient conçus pour se nourrir les uns des autres. Ainsi, le collectif paysan des Jardins de la Fount, produit légumes, fruits, aromatiques, bientôt œufs, pain, sirops, pestos… Des amis paysans que nous croisons dans les AMAP ou groupement d’achats produisent des fromages, yaourt, pâtes, farines, féculents, vins, bières, etc. Ces intrants sont transformés en entrées, plats ou desserts, et cette préparation entraîne des déchets qui repartent nourrir les poules ou les lombrics des Jardins de la Fount. La boucle énergétique est bouclée.

Et chacun pourrait-il apporter sa pierre pour faire grandir cet écosystème original ?

Un café c’est aussi un système humain et les usagers auront chacun leur fonction et où leurs besoins seront satisfais et où ils seront des ressources pour l’écosystème global. Ainsi chaque adhérent pourra proposer une thématique de discussion, un atelier pratique, un film à projeter… et ainsi devenir acteur du système. Le lieu sera également ouvert à d’autres associations qui pourront proposer leurs activités dans le cadre de notre charte. L’utilisation du CERS, la monnaie locale du Narbonnais [nb : en cours de constitution] est un excellent moyen de mettre en relation le café et un réseau local afin de créer des synergies. Il doit aussi établir des relations avec d’autres systèmes qui ont d’autres valeurs, d’autres objectifs, et il montrera tout simplement que bio, local, éthique, circulaire, coopératif, c’est possible !

One thought on “Interview : Laurence Carretero

  1. Pingback: La naissance du projet | LE CHAMP DES POSSIBLES

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